Conclusions des Etats généraux des médias de l’information

ClapperPour la première fois, les députés de la Fédération Wallonie­-Bruxelles (FWB) se sont exprimés sur les recom­mandations issues des“Etats généraux des médias d’information”(EGMI).

Voici mon intervention lors de la séance de clôture du 29 janvier.

Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Chers Collègues,

A mon tour de remercier les acteurs du secteur des médias de l’information qui se rassemblent depuis trois ans maintenant à l’occasion d’ateliers thématiques dans le cadre de notre travail parlementaire et en vue de réformer le paysage médiatique de la presse francophone belge.

L’arrivée des nouvelles technologies de l’information et de la communication a en effet
suscité beaucoup d’espoirs mais aussi de nombreux défis, tels que l’adaptation des médias à une concurrence mondiale ; la pression économique de l’immédiat, du scoop et de la gratuité de l’info ; l’accroissement de la précarité du métier de journaliste ; les limites de l’application de la liberté d’expression et j’en passe.

Ces défis sont de taille et il était temps d’agir pour accompagner et soutenir nos médias dans cette transition numérique.
Fallait-il donc des EGMI ? Oui, et l’heure est maintenant à l’action. Trois ans de débat et
d’analyse avec l’ensemble du secteur ne peuvent se solder par de simples recommandations.

Le but de ces états généraux était de générer des mesures de soutien pour l’avenir des médias, il est temps de leur donner corps.
Entretemps, de nouveaux enjeux ont fait surface en FWB et les changements ont été plus
rapides que le rythme pris par les travaux des EGMI : convergence des médias,
concentrations, modification du profil des groupes de presse, etc. Le rythme des EGMI a été plus lent que le rythme des médias, c’est évident. Mais nous n’en tirerons pas les mêmes conclusions que certains. Nous ne dirons pas « tout ça pour ça ? ». Au contraire ! Le changement de législature est naturellement le moment de prendre date et d’avancer.
Avant tout, il est évident que le besoin le plus criant du secteur est d’ordre économique. Nous en sommes conscients, nous l’entendons, et nous souhaitons mettre en place les mesures nécessaires pour aider le secteur. Mais, soyons réalistes, le contexte actuel nous laisse peu de temps : deux mois avant la fin de la législature, et quatre mois avant les élections. Nous ne voulons pas, à ce stade, faire des promesses qui n’aboutiront pas.

Le cdH souhaite distinguer ce qui peut être fait à court terme, avant la fin de la législature et des propositions à moyen et long termes qui feront inévitablement partie de la feuille de route du prochain gouvernement.

Notre première solution à court terme consiste d’abord, et dès maintenant, à assurer la
concertation entre les acteurs du secteur et leur implication accrue dans la politique qui
les concerne, par la création d’un lieu d’avis, d’échange et d’arbitrage que nous
proposons d’appeler MEDIAGORA.

Pourquoi cette proposition ? L’équilibre entre les secteurs publics et privés a été profondément modifié ces dernières années. Un mot qui revient souvent ici est celui de l’équité, mais équité veut parfois dire déséquilibres. La concurrence s’est accrue en termes de répartition des recettes publicitaires, de traitement et de diffusion de l’information, de contenus… Cela crée aujourd’hui des tensions fortes. L’exemple le plus marquant est celui du litige qui oppose la presse écrite et la RTBF. Il faut donc agir pour que le paysage des médias soit compris de tous et qu’à partir de là, des arbitrages puissent se faire.
La Fédération Wallonie Bruxelles est, certes, un acteur clé de la régulation du paysage
médiatique francophone, mais elle ne dispose pas des outils nécessaires à la bonne
compréhension de l’articulation des médias.

Les structures de régulation, co-régulation ou autorégulation existantes (CSA, Conseil
supérieur de l’éducation aux médias, Conseil de la publicité, Conseil de déontologie
journalistique, etc.) ne sont pas chargées de rendre systématiquement publiques les décisions qu’elles adoptent.

Face à cela, le cdH veut mettre en place un instrument capable de favoriser la concertation sur le marché. MEDIAGORA rassemblera experts, acteurs du terrain et acteurs politiques afin de favoriser l’écoute et la négociation et ce, en toute transparence. Son but sera d’analyser les données qu’elle rassemblera afin d’objectiver le débat et de faire des recommandations aux politiques pour que ceux-ci décident de mesures concrètes qui répondent aux nécessités du secteur, avec une vision à plus long-terme. L’objectif sera également de mesurer les conséquences des options politiques prises et d’en éviter les éventuels effets pervers.

Les aides à la presse seront bien évidemment les premières matières à traiter. Certains
proposent déjà de les augmenter à 16 millions par an d’ici 2020. Mais, sur quels critères ? A qui cela va-t-il bénéficier ? Est-ce lié à un renforcement des conditions d’octroi d’aides à la presse ? Où les trouver ? Quel autre secteur en pâtira ? Les questions sont nombreuses, et cet exemple nous montre la nécessité d’objectiver le débat avant de prendre des décisions hâtives.

MEDIAGORA sera l’instance qui permettra cette objectivation. En cela, notre proposition
diffère donc d’un observatoire ou d’une simple collecte de données.
La deuxième mesure immédiate consiste à mettre en œuvre dès l’entame de la prochaine
législature la volonté d’avoir un véritable Ministre des Médias.
Pour mieux rendre compte des enjeux, nous demandons depuis 2012 d’avoir un ministre des médias et non plus seulement de l’audiovisuel. Nous avions en effet soutenu très
vigoureusement la résolution de mars 2012, déposée par la majorité du Parlement qui
demandait au gouvernement, je cite, « d’adopter une mesure symbolique forte en faisant
évoluer la dénomination du Ministre de l’Audiovisuel en un Ministre des Médias afin de
mieux représenter la volonté politique de la Fédération Wallonie-Bruxelles d’agir en vue de créer un cadre macro-économique efficient pour le pluralisme des médias ».
Pourquoi une telle proposition ? Certes, il y va aussi de la perception du secteur, qui
aujourd’hui, a plus l’impression d’avoir comme interlocuteur une Ministre du seul
audiovisuel. Au-delà de la sémantique, il s’agit aussi de mettre l’accent sur son rôle de
régulateur pour l’ensemble des médias.

Nous nous réjouissons dès lors que le PS ressorte cette ancienne proposition, à laquelle le
groupe cdH souhaite donner la priorité. Nous demandons dès lors l’urgence pour l’examen de ce projet de résolution, qui pourra dès lors être en vigueur dès mai 2014.
Dans le même ordre d’idées, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pourrait évoluer vers un
Conseil Supérieur des Médias.

Parallèlement à cela, le cdH veut mettre l’accent sur les quatre propositions suivantes qui, à moyen et long termes, feront partie de la feuille de route du prochain gouvernement.
En premier lieu, nous voulons recadrer l’articulation entre la liberté d’expression et les
droits de personnalité.

Les principes de la liberté d’expression et les droits de personnalité appartiennent aux droits fondamentaux de nos sociétés démocratiques. Les uns ne sont pas prioritaires sur les autres.

Mais le nouveau contexte d’accélération d’immédiateté et d’exclusivité de l’information ainsi que de l’exacerbation de la transparence, amène de nouvelles pratiques médiatiques qu’il convient de cadrer.

L’évolution des technologies de l’information et de la communication, la pression des
marchés et les nouvelles difficultés liées au métier de journaliste, provoquent parfois des abus de liberté d’expression qui touchent aux droits de la personnalité. Les conséquences
psychologiques et sociales d’erreurs médiatiques sur des personnes peuvent être graves.
Certes, théoriquement, les victimes peuvent être indemnisées face aux délits de presse.

Dans la pratique, l’on sait que l’atteinte aux droits de la personnalité n’est pas toujours réparée au nom de la liberté de la presse.

Nous voulons dès lors approfondir la réflexion sur l’équilibre à trouver entre l’exercice capital de la liberté de la presse et celui des droits de la personnalité. Cette réflexion pourra d’ailleurs avoir lieu au sein d’une instance comme MEDIAGORA.
En deuxième lieu, le cdH veut préserver le pluralisme en revalorisant la qualité
médiatique.

Le pluralisme médiatique est gage de la vitalité de notre démocratie. Il est lié à la qualité du travail fourni par les journalistes et attendu par le public. Aujourd’hui, les TICs ont permis aux acteurs du marché d’exercer une pression sur les médias traditionnels pour qu’ils mettent à disposition du contenu gratuit, immédiat, attractif, et rentable à très court terme.

Les conséquences sont lourdes pour le métier de journaliste: celui-ci doit travailler plus, n’a pas la distance nécessaire pour donner une information recoupée, doit s’adapter sans cesse aux nouvelles technologies et, s’il est indépendant, subit une forte pression financière sur son travail. Ces conditions menacent la qualité et la fiabilité de l’information. Elles peuvent aussi nuire au respect de la déontologie journalistique.
Il est donc impératif de rééquilibrer la balance entre la logique économique et la logique «journalistique » dans le secteur.

Pour ce faire, le cdH veut :
D’abord, mieux reconnaître le rôle des sociétés de rédaction. Aujourd’hui, le statut des
sociétés de rédaction n’est pas encore ancré juridiquement dans l’arsenal législatif de la FWB.

Il conviendrait donc de l’intégrer en s’inspirant des exemples dans les pays voisins. Ces
sociétés de rédaction seront consultées lors de la désignation d’un rédacteur en chef.
Ensuite, le cdH veut coordonner plus efficacement les écoles de journalisme pour mettre à
disposition des modules de formation continue. L’offre de formation continue en FWB est
sous développée, mais il existe néanmoins déjà un nombre important de centres de formation.

Par exemple, nous pouvons citer l’IHECS, l’AJPro, Technofutur TIC, Technocité, Evoliris, le centre d’études de la communication (CECOM), tous les masters complémentaires prévus dans les universités, etc. Pour ces formations continues, l’idée n’est pas de créer une nouvelle structure qui travaillerait en partenariat avec tous ces centres. L’idée consiste à renforcer la coordination entre ces centres et assurer une plus grande visibilité aux formations existantes.

Nous souhaitons aussi envisager l’assouplissement des conditions à l’indemnisation des
chômeurs pigistes. Effectivement, la précarité de ces derniers est très préoccupante et les
empêche de faire un travail de qualité. La réflexion sur l’attribution d’un statut sui generis
permettant aux journalistes pigistes de combiner leur activité avec une indemnité
complémentaire de l’ONEM doit dès lors être approfondie.

Finalement, nous voulons renforcer la visibilité et l’impact du Conseil de déontologie
journalistique sur les rédactions.

Avec ces mesures, nous espérons que la logique journalistique récupérera dans le secteur une importance égale à la logique économique.
Notre troisième proposition à long terme consiste à former des citoyens capables
d’appréhender le contenu journalistique avec tout le recul critique nécessaire.
L’immédiateté des médias et la transparence exacerbée de l’information appellent au
renforcement des outils d’éducation aux médias. Ceux-ci permettront de développer une
analyse critique des faits relatés, d’en décoder le sens, et de faire progresser les questions de société. Cette responsabilité incombe principalement aux pouvoir publics qui doivent pouvoir s’appuyer sur des opérateurs, principalement associatifs, compétents et expérimentés.

Le cdH a toujours été très actif dans la promotion de l’éducation aux médias, notamment dans le cadre du contrat de gestion de la RTBF. Nous défendons l’idée selon laquelle l’éducation aux médias doit se faire à l’école, via des programmes comme « journalistes en classe » et « ouvrir mon quotidien », mais également au-delà du contexte scolaire.
L’enjeu consiste à former toute la société civile, journalistes y compris. Dans un contexte
d’ouverture des frontières entre l’information et la publicité et entre les médias traditionnels et les réseaux sociaux, les journalistes doivent aussi s’interroger. Ils doivent adopter une posture critique vis-à-vis de leur métier afin d’en améliorer la qualité.
Nous continuons donc à défendre un acc􀁱s facile à l’éducation aux médias, qu’il soit axé sur les enfants, les jeunes ou les professionnels, ainsi que sur la valorisation des acteurs qui y arrivent.

Finalement, le cdH veut faire face à la concurrence mondiale en soutenant davantage les
médias de proximité.

Un dernier enjeu qui nous apparaît comme prioritaire est celui du soutien aux médias de
proximité, en particulier aux télévisions locales. Ces médias diffusent de l’information
originale qui diffère de celle de leurs concurrents globaux tels que Google ou Facebook. Ils
ont aussi un rôle d’éducation permanente en informant les gens sur ce qui se passe dans leur environnement immédiat : ils invitent ainsi les citoyens à devenir actifs et responsables. Ces médias représentent l’avenir pour la FWB. Il est essentiel de les soutenir.

L’augmentation et les critères de répartition des subsides pour les télévisions locales, y
compris pour TéléBruxelles, sera clairement un point à aborder au sein de MEDIAGORA lors de la prochaine législature.

Le cdH veut aussi que se développe une plate-forme propre aux TVL qui puisse renforcer les synergies entre elles et assurer une meilleure viabilité et visibilité vis-à-vis des annonceurs et des téléspectateurs.

Par ailleurs, la collaboration des TVL avec la RTBF doit être systématisée. Pour l’instant,
cette collaboration ne dépend que des initiatives individuelles, bien que cette mesure soit
reprise dans l’actuel contrat de gestion de la RTBF. Or, les TVL et la RTBF auraient tout à
gagner d’accroître les synergies entre elles en termes d’achat ou de location de matériel,
d’échange de contenus, … Le cdH propose dès lors que les collaborations et synergies entre
TVL et RTBF soient systématisées.

Finalement, en raison de leur valeur culturelle et éducative, le cdH prône pour l’amélioration de la place des TVL dans la numérotation de l’offre télévisuelle des deux principaux distributeurs. La visibilité d’une chaîne dépend de ce positionnement, nous souhaitons dès lors l’améliorer.

Pour conclure, cette série de propositions me confirment que les EGMI ont été utiles. Ils
auront permis deux avancées majeures : une prise d’acte politique des problèmes transversaux qui traversent le secteur, et des recommandations qui alimenteront la prochaine feuille de route des gouvernements qui se formeront après les élections du 25 mai. D’ici là, agissons.

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A propos Savine Moucheron

Fille et petite-fille de Montois, je suis ce qu'on appelle une « Montois cayaux ». Ma famille est investie de longue date dans le folklore montois et se transmet de génération en génération ce goût de la tradition. Il y a 12 ans, dans la continuité de mes engagements dans le monde associatif depuis toute petite, je me suis lancé un défi: la politique! Lors des élections de 2006, vous m’avez élue Conseillère Communale et je suis devenue chef de groupe du cdH montois. Bien que dans l’opposition, ce siège m'offre la possibilité d'intervenir concrètement en faveur de l'amélioration de la qualité de vie des Montois même si nous ne sommes pas toujours entendus ! Il me permet ainsi de jouer les garde-fous par rapport aux desseins d'une majorité dont nous avons souvent mis en avant la démesure et l'inadéquation. Il me permet également de devenir le porte-parole de citoyens désappointés par la politique locale en matière de culture, de propreté, d'emploi, de logement, d'éducation ou de mobilité. Depuis décembre dernier je suis devenue Députée Wallonne. Cette fonction m’offre un levier supplémentaire pour relayer et défendre les priorités que nous partageons. Maman de trois enfants, j'ai aussi choisi de m'investir au cdH parce que que mon parti a réellement mis le doigt sur le véritable enjeu de notre société : vous et moi, en tant qu'individus ! Le cdH est en avance sur son temps et a définitivement laissé derrière lui les vieux combats. Au cdH, chacun a sa place: une maman, un indépendant, un allocataire social, un PDG, un enseignant, un fonctionnaire, un immigré, un enfant,... Le projet de l'humanisme démocratique est généreux et responsable ! Ses deux piliers fondateurs sont mes valeurs: Solidarité et Responsabilité.
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