Débat sur l’empreinte écologique de la Belgique au Parlement wallon

PT_terre_bleue-1134Le changement climatique est en train de changer le monde et nous devons, chacun d’entre nous et au sein du Gouvernement wallon, nous engager pour le climat. Nous avons donc débattu sur le sujet le 8 octobre dernier en séance plénière au Parlement wallon. J’en ai profité pour interpeller le Ministre de l’Environnement, Monsieur Carlo Di Antonio, sur le projet de Plan « Air-Climat-Energie » et le rapport 2014 « Planète Vivante » du Fonds mondial pour la Nature. Voici mon intervention:

Le sujet est vaste. Un quart d’heure pour intervenir sur l’empreinte écologique de manière générale, ce n’est pas du tout évident et, donc, si vous me le permettez, je vais axer mon discours sur des points que j’aurai choisis parmi l’ensemble des compétences de la Région wallonne.

Protéger l’environnement et notre cadre de vie, c’est une tâche qui nous concerne tous, tous les jours. Nous devons évidemment en être conscients et agir en ce sens.

L’indicateur de l’empreinte écologique est régulièrement utilisé, en tant qu’outil de communication, pour sensibiliser l’opinion publique sur notre mode de vie et sur les conséquences que nous avons sur notre environnement.

Récemment, comme mes collègues l’ont dit, le WWF nous rappelait encore, dans sa publication Planète vivante, que la dette environnementale concerne la Terre entière.  Cette étude, qui est publiée tous les deux ans, fait l’état de notre planète par l’analyse de l’évolution de la biodiversité, des écosystèmes, mais aussi – et surtout peut-être – des pressions humaines sur les ressources naturelles.

Elle rappelle également que la dette environnementale résulte principalement de notre mode de consommation – quand je dis « notre », je parle des pays les plus riches – et qui est aggravée par les perspectives démographiques. Faut-il rappeler que l’on prévoit deux milliards de personnes à accueillir d’ici 2050 ? On souligne aussi une absence d’action suffisante de la part des autorités.

Ceci est particulièrement interpellant au niveau des conclusions, mais ce qui est peut-être encore plus inquiétant, en ce qui nous concerne, ce sont les observations qui concernent la Belgique puisque, dans cette étude, nous occupons la cinquième place des plus grosses empreintes écologiques. Ainsi, entre 2012 et aujourd’hui, entre les deux rapports, on « gagne », si j’ose dire, une place dans ce classement.

Le WWF dénonce, en disant clairement que si tout le monde vivait comme un Belge, il nous faudrait 4,3 planètes pour subvenir aux besoins de chacun.  Tout d’abord, Monsieur le Ministre, pouvez-vous nous expliquer la valeur de cette étude – ma collègue vient d’en faire état – ainsi que des indicateurs utilisés ?

Quels critères sont retenus pour établir cette classification ? Comment est-il possible que le Danemark, qui a été évoqué par M. Dodrimont en exemple, se retrouve à la quatrième place quand on sait tous les efforts qu’elle fournit en matière d’énergie renouvelable ?

Les panoramas des statistiques de l’OCDE montrent clairement une nette différence en matière d’émission de gaz à effets de serre entre la Belgique et le Danemark, du simple au double.

De plus, pour établir une telle étude, je pense qu’il faut peut-être aussi tenir compte d’événements comme les fermetures d’entreprises. Cela a-t-il été le cas ?

Ceci, en tout cas, ne nous dispense pas d’en tirer des conclusions et des leçons à prendre. Monsieur le Ministre, par rapport à cela, les chiffres qui sont avancés par le WWF ne concernent que la Belgique dans son entièreté. Ne serait-il pas aussi opportun d’avoir des données précises par région ? Le Fonds national n’est pas le seul à utiliser le paramètre mondial et national de l’empreinte écologique. D’autres études ont été menées, notamment à l’échelle régionale. Il y a quelques mois, en avril dernier, la Wallonie s’est en effet dotée de nouveaux indicateurs, afin d’évaluer l’état de la Région d’une manière différente que sous l’angle purement de la production et le PIB. La Wallonie peut ainsi prendre en compte des indicateurs tels que le cadre de vie, l’accès aux soins de santé et/ou l’accès à la culture.

C’est l’IWEPS qui a été chargé de calculer ces indicateurs complémentaires, parmi lesquels se trouve effectivement l’indice d’empreinte écologique. On constate, là aussi, que chaque Wallon consomme près de cinq hectares par habitant, ce qui est donc beaucoup plus que l’empreinte écologique durable moyenne.  Il existe donc un déficit écologique wallon, ce qui n’est pas plus enthousiasmant que les conclusions du rapport WWF, je vous le concède. Des conclusions doivent être tirées de ces constats.

Ce qui m’amène à ma deuxième question, Monsieur le Ministre, quelles sont les actions et les politiques performantes que le Gouvernement wallon pourrait entreprendre, voire améliorer ou recorriger ? Il faut dire que le Gouvernement wallon n’est pas resté les bras croisés en la matière. C’est d’une grande importance parce que si chaque citoyen peut participer à la réduction de l’empreinte écologique, il convient également aux pouvoirs publics et aux autorités de se montrer exemplaires en la matière.

Dans ce cadre, la Wallonie a fixé une réduction de 30 % des émissions de CO2 d’ici 2020. Le Gouvernement wallon doit ainsi poser différents choix afin de garantir des impacts directs sur l’environnement. Quels seront-ils, Monsieur le Ministre ? Avez-vous déjà des pistes ou des solutions à nous exposer aujourd’hui ? Il me semble que dans le but de lutter contre l’empreinte écologique manifestement encore trop élevée dans notre pays, le Gouvernement wallon doit s’engager à prendre des mesures dans des secteurs particulièrement énergivores. Le premier, c’est le bâtiment, par les chauffages, les productions d’eau chaude, l’éclairage, l’isolation, la climatisation, et j’en passe, qui émettent une quantité importante de gaz à effet de serre. Afin d’améliorer l’environnement en réduisant la facture énergétique aussi pour le citoyen, tout en créant de l’emploi, le Gouvernement précédent avait lancé le plan Alliance Emploi-Environnement.

À ce propos, la DPR affirme vouloir recentrer ce plan sur son objectif et donc, je voulais savoir si des contacts avaient déjà été pris avec les partenaires sociaux ou avec les professionnels des secteurs de la construction et de la formation pour poursuivre et améliorer les efforts entrepris. Le deuxième secteur sur lequel il convient de travailler et qui est énergivore, c’est le transport.

On peut aborder aussi les solutions techniques et humaines qu’il est possible de mettre en œuvre afin de répondre à la problématique de l’empreinte écologique trop élevée. Certaines pistes sont réalisables, selon le WWF. Il y a cinq propositions qui sont faites. D’abord, préserver le capital naturel en restaurant notamment des écosystèmes qui sont endommagés. Ensuite, produire mieux en réduisant la quantité de matières premières qui sont utilisées et la production des déchets, et en développant les énergies renouvelables.

Troisièmement, consommer moins et consommer mieux en utilisant l’énergie durable et en mettant en place une consommation alimentaire plus saine, en bannissant le gaspillage, en favorisant la production locale.

Quatrièmement, réorienter les flux financiers en valorisant la nature et en prenant en considération les couts sociaux et environnementaux.

Enfin, instaurer une gouvernance équitable des ressources en opérant des choix justes.

Je peux relever, en laissant du temps à ma collègue, un exemple concret en Belgique qui concerne la problématique du gaspillage sur lequel nous avons travaillé cette année encore au sein de la commission adéquate, et je voulais savoir si par rapport au décret qui a été pris par rapport aux invendus alimentaires, si vous avez déjà une évaluation – cela me paraît un peu tôt dans le temps – pour pouvoir déjà estimer ces retombées, mais avez-vous des échos de la mise en œuvre de ce décret et peut-être déjà un retour sur son efficacité ?

Vous savez, mais je pense que ce n’est pas à vous que je dois l’apprendre, le Gouvernement wallon a travaillé sur la promotion des circuits courts en mettant en valeur l’agriculture et les produits wallons dans le but d’atteindre des bénéfices environnementaux, économiques, sanitaires, sociaux. Pour ce faire, depuis 2012, un centre des références dédié aux circuits courts en Wallonie, au sein de l’Agence de l’entreprise et de l’innovation, a été mis en place par le Gouvernement dans le cadre du plan Marshall 2.vert, et dans la Déclaration de politique régionale, le Gouvernement wallon annonce son intention de soutenir les circuits courts.

Deux ans après le lancement de ce centre, Monsieur le Ministre, pouvez-vous nous exposer les actions concrètes que celui-ci a entreprises ? Une évaluation de ce centre a été prévue ? Si oui, quand ? Avez-vous déjà des retours par rapport à l’impact de cette mesure sur l’économie wallonne ?

J’aurais voulu aussi évoquer notre plan Air-Climat-Énergie dont une enquête a été faite ici et dont la clôture a été faite il y a un mois. Avez-vous des indications par rapport aux conclusions de l’enquête qui vient de se clôturer ?

Le 22 septembre dernier, le Conseil économique et social a, quant à lui, rendu son avis sur le projet de ce plan et il ressort qu’il comporte des mesures peu innovantes, générales, relevant parfois de compétences non régionales, bref, que les documents sont faibles, selon eux, et ne constituent pas une base suffisante pour aider le Gouvernement wallon à poser ses choix.

Je voulais savoir si vous aviez l’intention de consulter encore d’autres acteurs particuliers des différents secteurs à ce sujet pour améliorer le plan Air-Climat-Énergie.

En conclusion, diverses initiatives ont été mises en place et sont en cours afin de répondre à la problématique du changement climatique et à cette empreinte écologique toujours trop élevée.

Le débat environnemental a déjà fait et fera encore couler beaucoup d’encre. Fondamentalement, cet indicateur particulier nous interpelle en réalité sur le caractère non durable de notre consommation et nous répète les limites existantes de la croissance, tout comme la nécessité de diminuer l’usage que nous faisons de nos ressources terrestres. Cette diminution peut se faire par tout un chacun, par les autorités, à tous les niveaux, dans tous les secteurs, grâce à une coopération de tous. Des solutions existent et l’innovation et la créativité, Monsieur le Ministre, doivent nous mener assez rapidement vers des résultats meilleurs.

À nous de réagir et d’agir.

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A propos Savine Moucheron

Fille et petite-fille de Montois, je suis ce qu'on appelle une « Montois cayaux ». Ma famille est investie de longue date dans le folklore montois et se transmet de génération en génération ce goût de la tradition. Il y a 12 ans, dans la continuité de mes engagements dans le monde associatif depuis toute petite, je me suis lancé un défi: la politique! Lors des élections de 2006, vous m’avez élue Conseillère Communale et je suis devenue chef de groupe du cdH montois. Bien que dans l’opposition, ce siège m'offre la possibilité d'intervenir concrètement en faveur de l'amélioration de la qualité de vie des Montois même si nous ne sommes pas toujours entendus ! Il me permet ainsi de jouer les garde-fous par rapport aux desseins d'une majorité dont nous avons souvent mis en avant la démesure et l'inadéquation. Il me permet également de devenir le porte-parole de citoyens désappointés par la politique locale en matière de culture, de propreté, d'emploi, de logement, d'éducation ou de mobilité. Depuis décembre dernier je suis devenue Députée Wallonne. Cette fonction m’offre un levier supplémentaire pour relayer et défendre les priorités que nous partageons. Maman de trois enfants, j'ai aussi choisi de m'investir au cdH parce que que mon parti a réellement mis le doigt sur le véritable enjeu de notre société : vous et moi, en tant qu'individus ! Le cdH est en avance sur son temps et a définitivement laissé derrière lui les vieux combats. Au cdH, chacun a sa place: une maman, un indépendant, un allocataire social, un PDG, un enseignant, un fonctionnaire, un immigré, un enfant,... Le projet de l'humanisme démocratique est généreux et responsable ! Ses deux piliers fondateurs sont mes valeurs: Solidarité et Responsabilité.
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